Plaidoyer pour l’abandon de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Plaidoyer pour l’abandon de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Je m’adresse à tous les élus qui persistent dans le projet incompréhensible de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes. En effet, je pense qu’il aura le même destin que les abattoirs de la Villette, le paquebot France et le Concorde. D’avance, on sait qu’il ne servira qu’à des gens aisés et qu’il obligera les contribuables à régler le déficit prévisible. Enfin, il faut que les élus prennent conscience que nos surfaces cultivables sont déjà réduites au-delà de l’acceptable. Il ne faudrait plus toucher à un m2 de terre agricole.

Incidence des surfaces bétonnées et goudronnées sur les températures estivales.

D’après une information que j’ai entendue à la radio, au printemps 2015, la surface bétonnée et goudronnée en France s’élèverait à 50.000 km2 environ. En été (entre fin Juin, fin Août, en gros), les côtés exposés au soleil fabriquent des quantités phénoménales de chaleur qui peuvent être estimées à deux ou même trois fois, la chaleur émise par les moteurs thermiques, les chaudières qui fonctionnent tout l’été pour l’eau chaude, par l’Industrie et maintenant par les centaines de milliers de pompes à chaleur pour les logements ou pour les piscines qui en sont presque toutes équipées. Aujourd’hui, il y a de très nombreuses sources de chaleur dues à notre mode de vie très (trop) dispendieux et néfaste à l’environnement. Les Français sont très rares à avoir une idée des conséquences de nos gaspillages. Ils ignorent que les climatiseurs, quel qu’en soit l’usage, rejettent beaucoup plus de chaleur qu’ils ne fabriquent fraîcheur. Cet apport supplémentaire joint aux autres sources de chaleur est significatif dans les villes où les températures sont toujours plus élevées que dans la campagne environnante. Pour conclure, si on additionne toute la quantité de chaleur produite, chaque jour, en plein été, lorsque le soleil brille, on arrive à la quantité évoquée plus haut à laquelle il faut ajouter la chaleur produite par les 180.000 TEP environ que nous brûlons, chaque jour, durant cette même saison. C’est un apport considérable au réchauffement climatique régional, déjà renforcé par l’effet de serre, résultat de notre ignorance passée et de notre insouciance actuelle.

Elévation du taux d’ozone.

Cette chaleur qui s’ajoute à celle du réchauffement global a un autre inconvénient. En été nos bagnoles et nos chaudières dégagent, en plus du CO2, toutes sortes de gaz qui, sous l’effet de la chaleur et des rayons solaires, se transforment en ozone. Ainsi dans plusieurs régions de France, des cultures ont été impactées par ce gaz qui a gêné la croissance de certains végétaux. Des céréaliers ont eu des récoltes de blé de 10 à 15% au-dessous de ce qu’ils espéraient. Mais, comme 200.000 hectares de plus ont été semés en blé, pour la campagne 2104-2015, le solde reste positif. J’habite dans le bassin lémanique sur-urbanisé et pollué par une circulation intense, routière, aérienne et même lacustre, Il y a les déplacements des frontaliers qui font des dizaines de kilomètres, pour se rendre à leur travail et ceux des habitants qui doivent prendre leur voiture, pour se rendre dans les super et hypermarchés qui ont tué les commerces de proximité. Ce ne sont pas, hélas, les seules raisons de prendre la voiture. Il faut y ajouter 300 atterrissages et autant de décollages à Cointrin. Résultat : les jardins potagers ont été bloqués par l’ozone. J’en sais quelque chose, puisque j’en fais un. Quant au champ de blé qui se trouve à côté de chez moi, il a accusé une baisse de rendement de 15%, par rapport à ce qui avait été calculé de façon précise (comptage des grains), un mois et demi avant la moisson. En outre, beaucoup de gens avaient la gorge irritée. Vingt ans avant sa mort, René Dumont accusait nos bagnoles de démonter le climat. Il aurait pu ajouter que notre consommation excessive d’énergie fossile « démontait » également la santé publique. La pollution atmosphérique tue entre 60.000 et 70.000 Français, chaque année, de façon directe ou indirecte, parce qu’elle donne le coup de grâce, à ceux qui souffrent de pathologies respiratoires ou autres. Quel que soit le chiffre exact, ces décès sont la honte d’un pays, comme le nôtre et montrent le mépris que nos élus et hélas, une grande partie de la population ont pour la vie. Toutes ces sources de pollution ne sont combattues qu’en apparence, parce que la soif du gain (autrement dit, la cupidité) décuplée par l’ultralibéralisme actuel annihile toute conscience morale.

Le secteur agricole proprement dit.

J’ai lu de nombreux ouvrages sur l’agriculture. La télévision y consacre un documentaire, de temps en temps. Tous les hommes politiques savent (ou devraient savoir) que ce secteur est devenu très fragile et devraient s’atteler aux réformes drastiques qui s’imposent.

La population et surtout nos élus devraient savoir que nous pouvons connaître dans un avenir assez proche, un krach alimentaire, comme l’a prédit Philippe Desbrosses dans son ouvrage éponyme publié en 1988. A cette époque, la notion de réchauffement climatique n’était pas encore bien connue. Que n’aurait-il pas dit, s’il avait publié son ouvrage, en 2014 ou en 2015 ! Il s’est appliqué à montrer que l’agriculture productiviste, à grands coups d’intrants artificiels ne pouvait que conduire à un effondrement de la fertilité de nos sols. Il n’est pas le seul à avoir mis en garde la classe politique qui fait fièrement la sourde oreille. Nos agriculteurs sont allés jusqu’à épandre douze millions de tonnes d’engrais artificiels et quatre-vingt mille tonnes de produits phytosanitaires, par an. Aujourd’hui, ils en épandent moins : huit millions de tonnes d’engrais artificiel et soixante mille tonnes de produits phytosanitaires. Les méthodes d’épandage ont été améliorées et dans le même temps, les surfaces cultivables ont subi et subissent encore une diminution importante, du fait de la construction de logements (300.000 à 500.000 par an), de routes, d’autoroutes, de voies de TGV et d’aéroports régionaux. Non seulement le bétonnage et le goudronnage qui continuent, aggravent les canicules, mais ils nous privent de pans entiers de nature. Je rappelle que le mot « nature » vient d’un verbe latin qui signifie « naître », autrement dit: ce qui permet, ce qui donne la vie.

Dans le même temps, les élevages industriels sont devenus gigantesques. Ils nécessitent des importations massives d’aliments pour bétail : par an, six millions de tonnes environ qui comportent des OGM. Ils proviennent de pays qui dévastent des millions d’hectares de forêt, ce qui accroît le réchauffement climatique. La France importe également des millions de tonnes d’aliments directement pour nous. D’accord pour les fruits tropicaux, à condition encore de les consommer avec modération, mais nous n’avons pas besoin de manger toute l’année des fruits ou des légumes qui poussent chez nous, à divers moments de l’année. La façon dont ces végétaux importés ont été cultivés est parfois douteuse et le gaspillage de carburant pour leur transport est carrément intolérable.

Les médias nous bassinent régulièrement avec nos fabuleuses exportations de produits agricoles, une cinquantaine de milliards d’euros, par an. Mais personne ne met sur l’autre plateau de la balance, tout ce que l’on a importé pour arriver à une telle production. Personne ne parle des subventions accordées par l’UE aux agriculteurs et même des primes déguisées à l’exportation. Si l’on tient compte de ces paramètres, les bénéfices réalisés par ces exportations fondent, comme neige au soleil. Il faut encore y ajouter la dégradation de nos sols, la pollution des régions où les élevages industriels sont très nombreux et les conséquences sur la santé des populations qui y vivent. Le pire est que beaucoup d’agriculteurs et d’éleveurs n’arrivent pas vivre de leur travail. La cause, c’est encore ce capitalisme débridé qui a abouti à la suppression des barrières douanières, ce qui permet aux imports-exports d’inonder le pays avec des produits agricoles (ou autres) en provenance de pays où les ouvriers sont payés à coups de lance-pierre et où les méthodes d’élevage (ou de culture) sont plus que contestables.

Malgré une population que je juge trop importante, nous pouvons nourrir correctement, tout le monde, du moins temporairement. Un député européen écologiste célèbre parlait, il y a quelques années, de la souveraineté alimentaire. C’est une idée intéressante. J’essaie de la traduire. Chaque pays fait de son mieux, pour produire les denrées alimentaires nécessaires à sa population. S’il peut en produire un peu plus, dans le cadre d’une agriculture respectueuse de la nature, il pourra les exporter. Les pays qui ne peuvent pas produire toutes denrées alimentaires qu’il leur faut, auront alors recours aux importations, mais dans un cadre commercial qui exclura toute spéculation. Cette simple esquisse d’une révolution agricole, quasiment écologique permettrait à tous les éleveurs de vivre de leur travail avec des élevages restreints. Voyez les agriculteurs, les éleveurs, les maraichers qui vendent directement leur production aux consommateurs, sans intermédiaire. Ils tirent bien leur épingle du jeu et les consommateurs bénéficient de produits de qualité, à des prix très intéressants. Mais cette révolution agricole et humaniste n’est possible que si l’on met fin à l’ultralibéralisme actuel qui devrait plutôt s’appeler « l’ultrabanditisme ».

Conclusion

Après ce rapide exposé sur la situation agro-écologique de la France, l’incidence des surfaces goudronnées et bétonnés sur l’aggravation des canicules et l’augmentation du taux d’ozone, il apparaît que la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes est non seulement un erreur, mais une faute très grave vis-à-vis de la population qui subit déjà les effets néfastes d’un « développement » axé sur ce qui apporte provisoirement un peu d’argent au PIB, mais surtout au BTP. Toutes les études montrent que cet aéroport ne sera jamais rentable et qu’il faudra que les contribuables crachent au bassinet, avant une fermeture inéluctable à plus ou moins court terme. Un jour ou l’autre, la population se révoltera contre cette politique économique dévastatrice et ce jour-là, les responsables de la catastrophe qui s’annonce, auront du souci à se faire. Mieux vaut ne pas en arriver là. Au contraire, élus ou simples citoyens, unissons nos efforts, pour reconstruire un monde plus humain, respectueux de la nature et débarrassé des dérives actuelles.

Post-scriptum

Je reconnais l’utilité du capitalisme, mais il doit être soumis à des règles précises et comporter des limites. Quant aux barrières douanières, elles sont un coup de force certes, mais sans elles, aucune organisation viable des économies nationales n’est possible. Elles ne sont pas obligatoirement des murs infranchissables, mais doivent plutôt instaurer une sorte de commerce international « équitable ». On voit bien la pagaille économique, dans lequel les « architectes » de l’UE nous ont mis. Je ne développerai pas davantage ce thème, car ce document est destiné à dissuader ceux qui veulent encore de nouvelles routes, de nouvelles autoroutes et de nouveaux aéroports, plutôt que de restructurer notre cadre de vie. Puissent-ils comprendre que le projet de l’aéroport de notre Dame des Landes est particulièrement inopportun, surtout dans un pays aux prises avec de nombreux problèmes, où tant d’autres secteurs ont un urgent besoin d’argent. L’actuel aéroport de Nantes devrait même être fermé, car avec le TGV, on est, en quelques heures, au cœur de Paris et près des deux aéroports d’où des avions partent, de façon quasi ininterrompue, pour le monde entier avec à leur bord, beaucoup de touristes qui feraient bien de penser un peu à leur bilan-carbone.

EVRARD Michel. Retraité de l’Enseignement agricole : matière générale.

Coopérant bénévole au Mali (1971-1973).

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