René Dumont

Source : Wikipedia

René Dumont, né le 13 mars 1904 à.fr Cambrai (Nord) et mort le 18 juin 2001 à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), est un agronome français, connu pour son combat pour le développement rural des pays pauvres et son engagement écologiste. Ce fut un auteur prolixe avec près de 70 ouvrages dont L'Afrique noire est mal partie en 1962 et L'Utopie ou la mort ! en 1973.

Origine et jeunesse

René Dumont naît à Cambrai, 19 allée Saint-Roch, dans une famille d'origine rurale. Il descend du côté paternel d'une lignée de paysans des Ardennes.

Son père, Rémy Dumont, est initialement instituteur rural avant d'entrer à l'école nationale d'agriculture de Grandjouan pour devenir ingénieur agricole. Nommé professeur spécial d'agriculture à Cambrai de 1899 à 1925, il écrit une quinzaine d'ouvrages agronomiques chez Larousse et participe à la rédaction du premier Larousse agricole en 1921. Il est également franc-maçon et militant du Parti radical et fut quelque temps conseiller municipal de Sedan. Espérant que son fils suive sa voie, il inculque à René Dumont l'amour de la terre.

Sa mère, née Françoise Busque, est en 1898 l'une des premières femmes agrégées de mathématiques en France2. D'abord professeur de sciences, elle devient directrice de collège. Sa fonction la mène à Arras, puis à Amiens, à Évreux et enfin à Montargis, au collège du Chinchon. En 1920, René Dumont y côtoie de jeunes Chinois qui allaient ensuite lancer la révolution dans leur pays.

René Dumont est ainsi élevé dans une famille de républicains laïques militants1. Il est également très tôt sensibilisé à l'agriculture. Ses parents ne sont eux-mêmes pas agriculteurs mais ses deux oncles et son grand-père tiennent une ferme à Rubécourt, près de Sedan, où il part chaque été et participe aux activités agricoles.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, sa famille réside encore dans le Nord et se trouve très proche du front. Le collège où enseigne sa mère est reconverti en hôpital militaire et René est marqué par l'horreur de la guerre. La famille part ensuite dans la Nièvre.

Pendant un an, René Dumont entre en classe préparatoire mathématiques supérieures au lycée Henri-IV à Paris, afin de préparer le concours d’entrée de l’Institut national agronomique (INA). Entré brillamment4 en 1922 à l'INA, il en sort avec un diplôme d'ingénieur agronome en poche.

Il part effectuer son service militaire, mais en raison de son tempérament pacifiste et de son comportement rebelle, des conditions particulièrement difficiles lui sont réservées et il fait par la suite une dépression. Il part se soigner à l’établissement psychiatrique de Charenton puis, en 1926, il passe une année de convalescence comme ouvrier agricole dans la ferme de son frère, puis dans celle d’un de ses oncles.

Rétabli en 1927, il entre à l’Institut national d’agronomie coloniale (INAC) à Nogent-sur-Marne suivre une formation d'un an d'ingénieur colonial. Intéressé par l'agronomie tropicale, il quitte la France pour le Viêt Nam le 19 janvier 1929 et commence sa carrière dans les rizières du Tonkin.

Début de carrière au Nord Vietnam, alors le Tonkin

René Dumont commence sa carrière en expérimentant le modèle agricole dual de l'époque : d'un côté, la recherche agronomique à ses débuts, l'utilisation des fertilisants chimiques et sur le machinisme agricole pour les cultures d'exportation ; de l'autre, la quasi négligence des cultures vivrières.

En février 1929, René Dumont est affecté comme « ingénieur adjoint de troisième classe des Services techniques et scientifiques de l’Agriculture en Indochine ». Responsable de station agricole dans le Delta du Fleuve Rouge, il est chargé de développer l'utilisation des engrais en rizières, notamment l'acide phosphorique qui est produit par la Société des Phosphates du Tonkin, une compagnie française locale. Bien que cantonné à l'évaluation de l'efficacité des engrais prescrits, René Dumont étudie également en profondeur les techniques locales traditionnelles de la culture du riz.

En 1930, il devient responsable de la nouvelle Section du Nord indochinois de l’Office du Riz. La même année, ses premières études sont publiées dans le Bulletin économique de l’Indochine. Ces premières missions recèlent déjà une approche originale de l'agronomie, dans laquelle Dumont essaye d'analyser les situations dans leur globalité tout en s'intéressant aux modes de vie et aux techniques des populations locales1.

Ainsi, il remet assez vite en question les bienfaits du colonialisme. Son approche critique de l'agronomie entre en conflit avec l'idéologie des agronomes coloniaux de l'époque qui méprisaient souvent l'agriculture traditionnelle des populations indigènes. Écœuré par l'administration française et épuisé par son rythme de travail, il démissionne de son poste et retourne en France en février 1932.

Un an après son retour, en 1933, il commence la rédaction de son premier ouvrage, non sans avoir complété ses données indochinoises par des visites en Italie à la station rizicole expérimentale de Vercelli et aux Pays-Bas à Wageningen chez les « maîtres en cultures tropicales » selon sa propre expression. Publié début 1935, La Culture du riz dans le Delta du Tonkin s'illustre par son approche novatrice de l'agronomie, une approche pluridisciplinaire s'intéressant autant à la géographie qu'à l'humain et que l'agronome Igor Besson, responsable de sa réédition revue et augmentée en 1995, qualifie d'« ethno-agronomique » avant l'heure.

Carrière académique

René Dumont a passé toute sa carrière, de 1933, un an après son retour du Tonkin, à sa retraite en 1974, à l'Institut national agronomique (INA) à Paris ou plus simplement « l'Agro » (plus tard, l'INA Paris-Grignon, INA P-G, à la fusion en 1971 de l'INA avec l'École Nationale Supérieure d'Agriculture - ENSA - de Grignon). Il y est entré en octobre 1933 comme Chef de travaux des chaires d’agriculture et d’agriculture comparée (à titre provisoire puis titularisé à ce poste en janvier 1935). En 1936, il est devenu Maître de conférences d'agriculture spéciale à vacation, puis Maître de conférences d’agriculture spéciale en 1951 à l'occasion de la création de la chaire du même nom. En 1953, il a été nommé Professeur de la chaire d’agriculture comparée qu'il a contribué à créer et où il a enseigné jusqu'à sa retraite. Il a été Professeur honoraire de cette chaire jusqu'à sa mort, chaire qui est de nos jours d'agriculture comparée et de développement agricole (dite de « dèv ») après avoir été « d'agriculture comparée de la France et dans le monde » dans les années 1950 et « de développement et de planification en agriculture » dans les années 1960.

Parallèlement, il a aussi été enseignant de 1941 à 1970 à l'École supérieure d’application d’agriculture tropicale (ESAAT, ex ENSAC, l'École nationale supérieure d'agriculture coloniale). Il a enseigné le thème de l'« Économie agricole en France et dans le monde » une année sur deux à l'Institut d'études politiques de Paris de 1946 à 1966. Il a développé ce même sujet au cours commun général de l'École nationale d'administration (ENA) de 1955 à 1958, date à laquelle l'agriculture fut rayée du cursus. Il a enseigné l'économie et la sociologie rurale à l'École pratique des hautes études et à l'Institut des hautes études d'Amérique latine et a étudié ces thèmes au Centre de formation des experts de la coopération technique internationale de la Fondation nationale des sciences politiques. Il a enfin donné régulièrement des conférences à l'intérieur de divers programmes de l'Institut d'étude du développement économique et social (IEDES) de l'université Paris I à partir de 1958 et à l’Institut international d’administration durant les années 1960 et années 1970.

En dehors de la France, il a été invité à cinq reprises en Amérique du Nord : six semaines à la faculté d’agronomie de l’université Laval à Québec en 1966, ainsi qu'un mois aux départements de géographie de l'Université d’Ottawa en 1969 et de l'Université de Montréal en 1970 ; une semaine dans le cadre d'un programme spécial Nutrition et agriculture de l'Université Cornell (Ithaca, New York) en 1987 ; enfin, une semaine d’interventions et de conférences sur les problèmes de l'environnement et du développement de plusieurs facultés de l'Université de Moncton au Canada en 1988. Il a obtenu quatre doctorats honoris causa7.

Après sa retraite professionnelle en 1974, il a tenu régulièrement des conférences, notamment à l'INA P-G, et a publié de façon continue jusqu'au milieu des années 1990.

Responsabilités scientifiques pour le gouvernement français

Au long de sa carrière, René Dumont a été plusieurs fois sollicité par le gouvernement français.

En 1937, il passe trois mois en intérim au cabinet du ministre de l’Agriculture Georges Monnet au sein du gouvernement de Front populaire.

Marqué par la Première Guerre mondiale, il rejoint la Ligue internationale des Combattants de la Paix pendant l'entre-deux-guerres et, y défendant le « pacifisme intégral », se prononce contre la guerre avec l'Allemagne. Il écrit, pendant la Seconde Guerre mondiale, des articles dans La Terre française, l'« Hebdomadaire de l'agriculture et de l'artisanat » contrôlé comme toute la presse française par le gouvernement du Maréchal Pétain et prônant entre autres choses le corporatisme agricole. De tels articles à usage de vulgarisation scientifique – au moins quatorze en 1942-43 – ont concerné uniquement des cas d'études en France avec parfois des comparaisons avec des exemples concernant l'agriculture allemande et celle de plusieurs autres pays. Ils seront mentionnés au moment de sa mort en 2001 alors même que le comportement exemplaire en tant qu'enseignant et les prises de position de René Dumont en faveur des élèves juifs présents à l'INA n'ont pas suscité de polémique de son vivant.

De décembre 1945 à 1953, il est conseiller agricole au Commissariat général du Plan de modernisation et d’équipement où il assure la direction pratique des travaux de la section agricole du plan Monnet. Il publie alors Le Problème agricole français. Esquisse d’un plan d’orientation et d’équipement (1953), dans lequel il défend la révolution agricole productiviste qui n'en est qu'à ses tout débuts en France : motorisation (premiers tracteurs, moissonneuses, etc.), semences sélectionnées, rotations culturales avec légumineuses, retournement des prairies permanentes, utilisation d'engrais minéraux ou chimiques, épandage de produits phytosanitaires, etc. ; et allant de pair avec les techniques améliorant le rendement, des mesures permettant d'augmenter la productivité du travail (remembrement, agrandissement des surfaces par exploitant, modernisation des structures agricoles…), des investissements publics (drainage et irrigation, recherche agronomique, vulgarisation agricole, formation des producteurs…) et des politiques agricoles pour orienter et accompagner les progrès. L'ouvrage est l'aboutissement d'un travail qu'il mène depuis 1933 en parcourant le pays pour analyser les besoins de moderniser l'activité agricole française et livre ses premières propositions. Il fait également un séjour d'étude aux États-Unis d'août à octobre 1946 pour analyser les techniques agricoles existantes et identifier celles qui pourraient être utiles à connaître en France. Pour améliorer le rendement agricole français, il propose notamment la formation des agriculteurs, le remembrement et la mécanisation, et est favorable à une agriculture productive et ouverte aux échanges internationaux. Il prône ainsi, dans ce livre, de s'appuyer sur « la collaboration active des élites rurales, de la représentation professionnelle agricole, pour éveiller au sein de notre paysannat la mystique du progrès technique, du plan d'équipement ; en somme la volonté d'aller plus vite ».

À la suite de son action au sein du Commissariat général, il devient une des icônes de ce mouvement de modernisation.

Après 1953, la production agricole française augmente et René Dumont s'intéresse alors au tiers monde, où il souhaite lutter contre la famine. Il reste toutefois épisodiquement sollicité par la France.

En 1959, il est membre du Comité consultatif de la recherche scientifique et technique. Il doit cependant démissionner de ce comité en 1962, après avoir signé le Manifeste des 121 contre la guerre d'Algérie.

De 1959 à octobre 1961, il entre au Comité directeur du Fonds d’aide et de coopération (FAC) du ministère de la Coopération pour lequel il réalise des missions au Rwanda, au Mali, au Tchad, au Congo, au Bénin, à Madagascar et au Cameroun. Sa liberté d'analyse ne plaît pas et le Premier ministre Michel Debré demande des sanctions contre lui1. Après cela, il est essentiellement sollicité par des gouvernements étrangers, des ONG et des organismes internationaux.

Après en avoir été l'un de ses plus ardents partisans, il a été l'un des premiers à dénoncer les dégâts issus de la Révolution verte et à lutter contre l'agriculture productiviste. Il fut un expert aux Nations unies et à la FAO.

Candidat à l'élection présidentielle de 1974

Article détaillé : élection présidentielle française de 1974.

Dès 1972, l'idée de présenter un candidat à l'élection présidentielle suivante circule dans les milieux écologistes. Le 7 avril 1974, quelques jours après la mort du président Georges Pompidou, divers groupes et personnalités de l'écologie (Amis de la Terre, Pollution Non, Jean Carlier et les Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie) affichent leur volonté de présenter une candidature écologiste pour l'élection présidentielle.

Après le retrait de Charles Piaget, René Dumont accepte de se présenter en tant que premier candidat écologiste. Robert Lafont militant occitan n'ayant pas réussi à recueillir le nombre de signatures nécessaires pour se présenter, René Dumont reçoit le soutien des Comités d'Action Bretons et des Comités Bretons Minorités nationales qui mènent campagne à ses côtés, et lors de son meeting du 1er mai à Lorient, il lit lui-même l'essentiel du texte élaboré pour cette occasion. Le résultat du scrutin sur la France est faible (1,32 % des votes), mais il s'agit alors surtout d'utiliser les médias et particulièrement la télévision pour faire connaître la pensée écologiste en politique. Brice Lalonde est son directeur de campagne électorale.

En avance sur son temps, bien connu pour son éternel pull-over rouge, il surprend les Français en se montrant à la télévision avec une pomme et un verre d'eau, pour leur expliquer avec des mots tout simples combien ces ressources sont précieuses et en péril. Il prédit l'inévitable hausse du prix des carburants.

La politique écologique française fondée par Dumont est contre la guerre, contre le capitalisme, pour la solidarité entre les peuples et prenant en compte le monde sous-développé.

À la suite de sa campagne, en juin 1974, lors des Assises de Montargis (Loiret), où se réunissent les militants qui s'étaient engagés dans celle-ci, est fondée la première organisation de l'écologie politique d'envergure nationale : le Mouvement écologique.

Certains voient en René Dumont le père spirituel du parti des Verts. Les Verts, dont il soutint régulièrement les candidats à la présidentielle et qui après sa mort créent une fondation portant son nom, l'ont toujours considéré comme l'un des leurs. C'était sûrement un humaniste de gauche, mais surtout un mondialiste et certainement un altermondialiste ; il était membre fondateur d'Attac.

Thèses écologistes

Grand voyageur, il était spécialiste des problèmes du monde agricole dans les pays sous-développés.

Il soutenait en particulier :

René Dumont considérait que le développement n'était pas un problème d'argent, d'engrais ou de semences, mais plutôt la résultante d'un équilibre entre les trois. Il soutenait que les relations entre hommes et leurs champs reposaient essentiellement sur les relations existantes entre les hommes eux-mêmes, les relations sociales constituant les bases sur lesquelles reposent une agriculture et un développement industriel de qualité. Enfin, il considérait que les piliers soutenant de bonnes relations sociales entre les hommes reposaient sur de bonnes relations entre les hommes et les femmes. Il affirmait ainsi sa croyance en l'importance de l'émancipation de la femme dans le cadre du contrôle démographique.

Dumont a été un des premiers à expliquer les conséquences de ce qui ne s'appelait pas encore la mondialisation : explosion démographique, productivisme, pollution, bidonvilles, fossé grandissant entre pays du Sud et pays du Nord.

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